AVANT PROPOS.

L’auteur.

Lorsqu’on entre en communication avec quelqu’un, on se présente. Cela s’impose dans la manière où nous entrons en contact avec l’autre. Dans ce que je vous dis dans ce livre, je m’appuie sur mon expérience thérapeutique avec des couples durant ces douze dernières années. Je parle aussi de moi. Je suis présent dans le désir d’écrire, dans les sujets abordés.

Mon expérience et mes connaissances acquises ne sont pas le fruit du hasard. Elles reflètent ce qui m’anime profondément.

« Qui sommes-nous ? Personne ne saura jamais le dire, même pas nous. »

Le sujet de la sexualité et la vie en couple ont été au centre de ma vie, de mes difficultés à vivre et de mes questionnements. Les femmes de ma vie m’ont été d’un grand secours. Elles m’ont appris de moi-même. J’ai parfois été encombré et encombrant, c’est le moins que je puisse dire, par ce qui me sollicitait et j’ai aussi vécu des moments extraordinaires. L’angoisse a souvent été au rendez-vous, la jouissance et la réjouissance aussi.

Ma vie professionnelle a été aussi diverse et aussi riche que ma vie affective. J’ai pratiqué plusieurs métiers[1]. J’ai fait de multiples rencontres qui m’ont permis de changer de regard, de références et permis une meilleure distance avec moi-même. J’ai conscience, aujourd’hui, que dans la vie, le but n’est jamais atteint, qu’aussitôt aperçu, il fait place à de nouveaux chemins et ce, jusqu’au retour dans l’indifférencié, la mort. Ce chemin, je le veux toujours aussi nourrissant, et ce, jusqu’au bout. Mais de quel bout, s’agit-il ? Quand je m’y attarde, il me donne le vertige. Autant ne pas trop spéculer sur ce qui reste un immense mystère. L’idée de ce bout ne doit pas m’empêcher de vivre, bien au contraire, la dernière partie de mon existence.

Dans ma jeune expérience de thérapeute[2], je me suis souvent emballé. A chaque découverte, je croyais en toute bonne foi que la solution se trouvait à cet endroit. J’écoutais celui qui enseignait sa passion. Il démontrait naturellement qu’il avait trouvé la voie. Les autres étaient dans l’erreur. Je retrouvais les antagonismes de base qui fondent les différences conflictuelles entre toutes formes de croyance, de préjugés, de religions et qui traversent aussi la vie des couples. La psychothérapie n’échappe pas à ce principe. Le théâtre des querelles de chapelle entre les psys de renom est riche en péripétie.

Les multiples courants de la psychothérapie naviguent entre des postulats sur ce qui se joue à l’intérieur de l’enfant et de l’adulte dans leurs développements et dans la relation entre deux sujets. On regarde l’individu ou le système. Dans la pratique, l’accent est mis sur le transfert du patient sur le thérapeute ou sur la dynamique co-constructive entre eux. Les thérapeutes se positionnent dans une neutralité bienveillante ou dans une implication personnelle contrôlée. La dualité entre la psychologie et la spiritualité et la place de la sexualité dans la vie des êtres humains complexifient toute forme de compréhension des femmes et des hommes. Cela laisse de la place pour l’affirmation de nombreuses pseudos-vérités. Pourtant, à y regarder de plus prêt, la plupart des théories et approches cliniques de la démarche thérapeutique reposent sur un socle commun. L’homme doit se libérer de sa condition humaine, de ses traumatismes pour se transcender au delà de ce qui le limite. On parle de mieux être, de libération, de conscience nouvelle, de supra-conscience, d’éveil spirituel. On est, bien sur, en pleine spéculation. Il n’y a qu’à survoler les centaines, voir plus, d’approches différentes pour en être convaincu. Elles sont souvent l’affaire d’ego et d’idéologie préconçues. De nombreuses personnes y trouvent pourtant un soulagement temporaire ou profond.

Pour ma part, la gestalt thérapie a été une révolution personnelle. Elle m’a aidé à changer mon regard sur moi et sur le monde. L’expérience en cours devenait ma principale référence. C’est dans celle-ci que je pouvais rencontrer ce qui m’encombrait et ce qui freinait mes engagements. L’agressivité[3], dans le sens d’aller vers ce qui est bon pour soi, devenait mon moteur. De façon paradoxale, je prenais conscience que la saine agressivité était une condition essentielle pour se réjouir à deux en couple. En étant plus moi-même, je permettais à l’autre de l’être également. Cette position très égocentrique me parlait. J’arrêtais de croire, ce que l’on m’avait enseigné toute ma jeunesse : « L’amour était un don de soi à l’autre ». Je pouvais me réconcilier avec moi-même, mais aussi avec mon père en regardant autrement le système du couple de mes parents. J’ai dépensé beaucoup d’énergie, tout au long de ma vie, pour me décoller des croyances véhiculées par les parents et la religion catholique. Puis j’ai approfondi les connaissances acquises au cours de mes premières formations et au contact de la diversité des gens et des couples que je rencontrais en thérapie.

La compréhension psychanalytique de l’homme m’a passionné. De nombreux auteurs sont venus à chaque fois lever un voile ou élargir des connaissances, parfois dans des approches qui pouvaient paraître contradictoires. Elles ne l’étaient pas. Elles partaient d’un autre point de vue. Elles étaient conçues par un auteur porté par son vécu singulier. Dans toutes mes formations, la sexualité était esquissée et apparaissait comme une branche subalterne de la thérapie. Il y avait des sexologues pour traiter des dysfonctionnements tels que la perte de désir, la perte d’érection ou le vaginisme. Les problèmes de désirs des couples ne pouvaient être résolus qu’à travers un travail personnel sur son enfance et les relations avec les parents et la fratrie. La dynamique d’érotisation entre les partenaires n’était pas ou peu prise en compte. La grande question sur la perte de désir dans le couple était esquivée en mettant l’accent sur la lassitude et l’habitude par exemple

J’ai découvert, par la suite, la portée de la sexualité dans le psychisme humain à travers l’imaginaire érotique rencontré dans plusieurs livres[4]. Ces lectures m’ont données envie d’approfondir ce que l’on mettait derrière le mot fantasme et l’imaginaire érotique. J’observais, à travers de nombreux témoignages que l’on pouvait passer des mois, voir des années en psychothérapie sans aborder sa sexualité en profondeur. La signification et la place des fantasmes dans le psychisme humain ne me paraissaient pas claires. Maintenus plus ou moins hors de la conscience par les instances morales, les fantasmes sont en lien direct avec l’excitation sexuelle. L’approfondissement de ceux-ci éclairait de nouvelles compréhensions sur la sexualité humaine et m’ouvrait de nouvelles perspectives dans l’accompagnement des personnes seules ou des couples. Nous aborderons dans le livre les principes moteurs de la sexualité, l’orientation sexuelle et les préférences érotiques qui régissent, plus ou moins à leur insu, la vie sexuelle et non sexuelle des hommes et des femmes.

Dès le début de ma vie professionnelle de thérapeute, j’ai orienté mon travail sur les difficultés à se réjouir durablement en couple et plus particulièrement sur les difficultés sexuelles. Je me suis positionné rapidement comme un chercheur, avec le même enthousiasme que mes réalisations industrielles novatrices qui ont animé la première partie de ma vie[5]. Insatisfait par mes acquis de thérapeute, j’ai fait un parcours en sexologie à l’université de Lyon. Puis je me suis formé pour devenir sexoanalyste. La sexoanalyse méritait une intégration plus large[6]. Ma pratique avec les couples confirmait que les difficultés sexuelles des personnes étaient indissociables des aspects relationnels.

La sexualité dérange.

A travers ce qui est montré par certains médias, nous pourrions croire que la sexualité est libérée aujourd’hui. Pourtant ce n’est pas ce qui apparait dans ce qui se joue dans l’intimité de beaucoup de couples et dans la plupart des approches éducatives concernant la sexualité. La sexualité reste coupable, punissable et soumise au jugement, le jugement des autres, celui du partenaire et le sien propre. L’institution du mariage protège la famille. Elle n’est pas au service du désir et de la jouissance. Le partenaire est là pour rappeler l’engagement et les limites de la liberté de chacun au dépend, souvent, de la réjouissance de l’autre. L’attachement reste la vertu première du couple. Le plaisir pour le plaisir reste associé à des pratiques sexuelles abusives, celui de la femme à la putain. Dans l’esprit de beaucoup, la sexualité hors de l’enceinte étroite du couple dérange. Rares sont les couples libertins qui assument leur pratique. La peur du jugement de leur proche est présente, notamment celle de leurs enfants. La sexualité se promène entre l’animalité et l’humanité. Elle se construit à la fois sur les forces instinctives qui visent à la préservation de l’espèce, sur la recherche de complétude à n’être qu’un seul sexe et sur la réparation des traumatismes liés aux offenses faites à la toute puissance infantile. Ces forces issues du manque et des conflits de l’enfance sont potentiellement transgressive de l’ordre établi. Elles se posent sur un autre, l’amoureux, qui sera missionné pour créer pour soi, le bonheur tant espéré.

La sexualité est de toute évidence au cœur de l’équilibre des êtres humains et pourtant c’est le sujet dont on parle le moins dans l’intimité d’un couple, entres amis, mais aussi dans le cabinet de beaucoup de psychothérapeutes. Elle ne sera abordée que si le patient peut et veut en parler. On ira guère plus loin, surtout si le thérapeute n’est pas à l’aise avec sa propre sexualité, s’il oppose sexualité et spiritualité ou s’il ne s’est jamais penché sur ce qui la fonde et l’anime en lui. Dans le cabinet du sexologue, on parlera le plus souvent de techniques ou de médicaments, au plus de quelques jeux relationnels. On passera le plus souvent à côté du moteur de l’excitation sexuelle et de l’érotisme. L’érotisme on en parle partout. On en montre certains aspects. Mais dans l’intime, on le tait le plus souvent. Pourquoi ?

La sexualité dérange dans la mesure où elle nous parle de la part sombre de nous-mêmes. Elle émerge d’un fond de désirs basés sur l’autoérotisme des périodes infantiles recouvertes par la chape amnésique de l’éducation. Cette ombre de soi-même qui pousse au désir est contrariée par une réalité qui la condamne ou par le désir d’un autre différent, le parent ou l’amant.

On apprend à l’enfant à être propre, la politesse, puis plus tard, le français, les mathématiques, les langues étrangères. On n’apprend pas le langage du sexe et de l’érotisme. La part fondamentale de notre personnalité qui désire faire l’amour et jouir avec un autre, n’est pas prise en considération dans l’éducation. Les contraintes du quotidien du couple et de la famille et l’idée que l’on s’est forgée de l’amour occultent qu’il y a une vie souterraine faite de désirs orientés vers le plaisir. Les frustrations sexuelles ne sont pas abordées en dehors de la crise. La sexualité est au second plan comme si elle n’avait aucune conséquence sur la fluidité des relations entre les partenaires et sur la vie de leurs enfants. On ne la découvre seulement que lorsqu’il y a des dysfonctionnements physiques, des drames, des abus. Alors seulement, on essaie d’en parler.

La sexualité au cœur de notre vitalité.

En mettant la sexualité au cœur de la vie de l’humain, je ne signifie pas que l’épanouissement des individus passe uniquement par l’épanouissement sexuel. Je signifie que la sexualité participe fondamentalement à la régulation psychique et somatique de l’excitation créée par le décalage entre nos désirs et la réalité qui y fait barrage. C’est entre ces deux pôles que s’écoule l’énergie créant l’expérience nouvelle dans la rencontre à deux et dans la jouissance.

La plupart des individus cherchent à rencontrer l’amour, aspirent profondément à vivre en couple et à s’épanouir dans la sexualité. Pourtant beaucoup de gens vivent et parfois vivent bien sans sexualité et sans partenaire. De nombreuses idéologies religieuses professent l’abstinence ou la limitation sexuelle pour atteindre un haut niveau de spiritualité. Certaines personnes peuvent y trouver un équilibre et même y puiser des ressources mises au service des gens les plus démunis. Leur vie, leur environnement et les fondements de leur propre libido parlent certainement de leur engagement. D’autres seront confrontées à la solitude[7]. Je m’attarderais dans le livre plus particulièrement sur cette aspiration profonde à vivre en couple et sur ce qui s’y oppose fondamentalement.

La sexualité repose sur cette dualité. La vie et la mort s’opposent et s’imposent dans une cohabitation permanente. Le sexe (du latin sectare : qui veut dire séparer) sépare et pousse à la rencontre. La sexualité exprime à la fois les forces de répulsions et d’attractions, l’angoisse et la jouissance. Elle pousse à l’amour et à la haine. Elle fait violence et ouvre à la gratitude de l’autre. La vie s’y ressource par la sève sexuelle qui remonte de nos racines les plus archaïques. Osons l’aborder sans préjugés et sans fausse pudeur.

Les étapes du livre.

Pour mieux comprendre les difficultés à vivre en couple, nous questionnerons ce qu’est l’amour. Est-ce un sentiment, un éprouvé corporel ? Quel est la part du biologique dans sa réalité. Nous regarderons la violence fondamentale qui sous-tend la dynamique amoureuse. L’amour repose sur des fantasmes qui agissent comme moteur de la sexualité qui pousse à se mettre en couple. Leurs caractères obscurs, leur source pulsionnelle ancrée dans l’animalité et l’humiliation font l’objet de conflits internes et sont vécus souvent socialement comme négatifs. L’expression du fantasme dans l’imaginaire est aisément confondue avec le réel. Le refuser en soi c’est restreindre notre capacité à vivre.

La place des fantasmes dans la vie du couple nous aidera à mieux comprendre la diversité des aspirations et des comportements sexuels des femmes et des hommes. La dynamique profonde des fantasmes repose sur la dualité entre la maman et la putain (dans le sens : de femme qui aime et assume sa sexualité). La femme qui aime le sexe a été, depuis la nuit des temps, diabolisée. Si elle aime faire l’amour, elle sera infidèle. L’homme a toujours eu peur de la puissance de son désir et voulu exercer une emprise sur elle. Regarder la vie des couples, c’est repenser la fonction de la jalousie et la place de l’infidélité réelle ou virtuelle dans la dynamique érotique. La jalousie de la femme et de l’homme repose sur l’angoisse de la perte de l’objet aimé et désiré, mais aussi sur l’attraction-répulsion pour le rival.

La femme fidèle, bonne épouse et mère des enfants perd son pouvoir d’attraction. Nous aborderons l’effet de crise dans l’érotisme du couple provoqué par l’arrivé d’un enfant. La majorité des difficultés sexuelles et relationnelles commencent à partir de la grossesse du premier enfant. Le regard nouveau de l’homme sur sa femme coupe la femme de sa représentation fantasmatique profonde de « salope » et l’inhibe sexuellement. Chez beaucoup de femmes ce clivage entre le lien amoureux tendre et le désir sexuel est insupportable. Pour elles l’amour tendre est nécessaire pour accueillir les aspects transgressifs du désir. Il peut ne pas être suffisant pour que cela suscite en elles suffisamment d’excitation pour pouvoir entrer en communication érotique avec leur compagnon. Le clivage maman/putain pousse certains hommes à dissocier dans leur vie réelle l’épouse respectable et la femme objet de désirs, la maîtresse ou la prostituée. Toutefois, ce qui se joue dans l’érotisme du couple est issu du système formé par la vie psychique des deux partenaires. Il y a toujours une coresponsabilité pas toujours évidente à admettre.

L’homosexualité latente sera souvent présente dans la fantasmatique des amants. On la retrouvera très présente dans les fantasmes de trio qui animent le désir des femmes et des hommes.

Le développement d’internet a rendu accessible au plus grand nombre les images pornographiques. Quelle est la fonction de la pornographie dans l’équilibre psychique des êtres humains et des couples? Pourquoi a-t-elle tant d’impact et suscite de l’excitation chez tant d’hommes et de femmes? Doit-elle être diabolisée ? La frontière entre ce qui est érotique et ce qui est pornographique est bien difficile à délimiter. Elle dépend du point de vue duquel on la regarde. Sa place dans la dynamique érotique des femmes et des hommes et l’importance qu’elle a prise sur internet n’est pas le fruit du hasard.

Nous approfondirons le cycle de la réponse sexuelle : désir du désir sexuel, mobilisation vers l’objet de désir, sexualisation de la rencontre, orgasme, résolution et retrait, puis période réfractaire. Le franchissement des étapes est animé par des forces différentes en soi et chez chaque partenaire. L’agressivité des amants sera nécessaire à leur ajustement pour tendre à la réjouissance. La satisfaction sexuelle à la fin du cycle dépendra pour les amants de leur propre jouissance amplifiée par celle de l’autre. Nous replacerons l’orgasme de jouissance comme un des facteurs essentiels de la réjouissance du couple ou de l’inhibition du désir.

La dernière partie abordera les processus de transformation et d’évolution. Vivre en couple est forcément une confrontation à l’autre qui touche les fondements de notre être profond. Comprendre ce que nous faisons et vers quoi nous allons est essentiel. Mais ce n’est pas suffisant. L’évolution passe par l’expérience et l’ouverture à la nouveauté. L’expérience a besoin d’être éclairée par un autre. Les partenaires suffisamment conscients et distanciés de leurs affects peuvent s’éclairer mutuellement. En période de crise, un thérapeute, par son questionnement aide les partenaires à élever leur niveau de conscience. La crise peut être bruyante mais peut aussi s’insinuer à bas bruit dans le quotidien du couple. On ne la voit pas venir. Il n’y a plus d’élan et de désirs. Le couple entre en dépression, sans que rien ne s’exprime. Certes, la crise est souvent nécessaire pour que chacun sorte du train-train et aille trouver en lui de nouvelles ressources pour vivre et se réjouir. Pour cela, il sera nécessaire de revisiter les fixations de l’enfance et d’explorer les aspects obscurs de l’érotisme en soi.

La connaissance de nous-mêmes est révélée par l’écoute de notre corps. Notre monde intérieur est difficilement communicable. La conscience des manifestations de notre corps qui s’exprime par l’angoisse, l’absence d’affect, l’excitation sexuelle et l’éprouvé de la jouissance nous révèle ce que nous sommes, notre manière d’être au monde, nos schémas comportementaux. Les mouvements du corps sont sollicités par ce qui est perçu de l’environnement et par nos représentations imaginaires. Les informations provenant de nos sens sont sans cesse retraduites par notre monde intérieur. Nous contactons et pensons le monde extérieur à partir de ce que nous sommes profondément. Encore faut-il pouvoir nous rencontrer.

La connaissance que notre corps pourrait nous apporter, nous la réprimons. Ce qu’il peut nous dire dérange car ce qu’il révèle de notre nature profonde engendre de la culpabilité. Il nous parle de notre hostilité fondamentale, de nos pulsions voyeuristes, exhibitionnistes et sadomasochistes, de nos peurs, de nos désirs de transgression de l’ordre, de la morale, des tabous, de notre égocentrisme. Il nous dit surtout que notre vie psychique est fondamentalement orientée par nos pulsions sexuelles inconnaissables sauf à ce que nous les révélions partiellement à travers nos fantasmes. Parler de la nécessaire agressivité pour vivre à deux fait violence à l’idée première que nous avons intégrée de l’amour, idée moraliste qui s’oppose fondamentalement au discours de notre corps. Freud avait bien compris tout ça. Il en avait même déduit que le refoulement excessif était à la base de nos difficultés à jouir de la vie. Mais à mon sens, il s’est arrêté en chemin en mettant en exergue le concept de sublimation comme s’il devait à l’époque s’excuser de tant d’intrépidité pour éviter les risques d’une réprobation trop générale. Celle-ci, bien sur, est nécessaire à l’élévation de nos aspirations. Mais elle peut aussi agir comme un couvercle masquant notre réalité profonde et les conflits entre celle-ci et l’idéal que l’on s’est forgé comme une défense. Quoique l’on fasse, quelque soit les digues que l’on érige contre ce que nous dit notre corps, le théâtre sexuel se poursuit à travers nos masques. Il ne se dit pas, il se manifeste. Le corps parle de nos perversions et des défenses que nous leur opposons pour rester conforme à l’idée de nous-mêmes en occultant la violence en soi et en refusant celle de l’autre.

L’objectif du travail personnel et thérapeutique d’une vie est, à mon sens, de faire émerger les événements refoulés qui nous empêchent de vivre, d’accueillir la puissance de notre imaginaire pour oser   découvrir et s’engager dans la vie, en dehors de ce qui la contient et d’oser vivre l’illusion des moments érotiques qui nous plongent dans des moments extraordinaires. Ceux-ci sont précédés ou suivis de moments ordinaires que nous devons, autant que possible, accueillir comme des moments nécessaires à la transcendance de soi.

Nous pouvons érotiser notre vie par l’éveil d’une communication érotique qui compose avec l’ombre de nous-mêmes et avec celle du partenaire. Nos scénarios érotiques porteurs des principes dynamiques de notre sexualité nous ouvrent à de nouvelles ressources permettant d’élargir notre créativité sexuelle et relationnelle. Derrière le masque des personnages de la vie ordinaire, l’ombre continue à façonner   une réalité subjective que l’on croit être la réalité et qui n’est qu’une réalité que nous créons. La transformation permanente à laquelle nous ne pouvons échapper dans notre vie et qui est nécessaire à l’épanouissement personnel et à la réjouissance sera abordée dans la dernière partie de cet ouvrage. Ce que nous proposons également, c’est l’ouverture à l’idée libertine qui pourrait se traduire par la liberté de penser et de choisir sa vie et sa sexualité selon les moments de la vie, les rencontres et l’évolution de chacun, en dehors de toute forme de préjugés et de pressions de la société qui poussent au conformisme. Cette liberté ne nous est pas donnée, elle est à conquérir. Elle ne se réduit pas à des pratiques libertines de couple. L’échangisme ou la sexualité à plusieurs n’est qu’une des manifestations de cette liberté. La créativité dépend de ce que nous sommes profondément et de l’accordage possible avec un autre et à un moment de sa vie.

Ce livre s’appuie sur de nombreux chercheurs de l’humain qui ont ouvert la voie d’une meilleure compréhension de nous-mêmes. Il ne définit pas une recette applicable à tous. Il présente une nouvelle approche intégrative qui relie la psychothérapie et la sexologie humaine. Il invite le lecteur à une réflexion sur lui-même, à partager peut-être avec un ou une autre, l’amant ou le partenaire. De celle-ci peut se dégager de nouveaux repères et un investissement nouveau pour s’engager autrement dans la vie amoureuse, pour mieux la vivre et l’assumer, avec l’Autre.



[1] Professeur de sport, directeur de Maison des Jeunes et de la Culture, fondateur et PDG d’une entreprise de recyclage des déchets par méthanisation, gérant d’un bureau d’étude, gérant d’un centre de développement personnel, psycho-sexothérapeute et formateur.

[2] Celle-ci date de 14 ans.

[3] Le mot vient de l'expression latine « ad-gressere », signifiant aller vers. Le mot violence qui lui est souvent opposé vient de « violare » qui exprime l’agir avec force sur quelqu’un ou quelque chose, et violentus, abus de force. L’agressivité, reliée à la puissance de la personne, est nécessaire pour agresser l’environnement pour pouvoir s'en nourrir.

 

[4] « La sexoanalyse » de Claude Crépault, canadien et fondateur de la sexoanalyse et les livres de Robert J Stoller, psychanalyste américain non orthodoxe, «  L’imagination érotique telle qu’on l’observe. », « L’excitation sexuelle, dynamique de la vie érotique. »

[5] J’ai créé la société Valorga en 1981et développé un procédé de méthanisation des ordures ménagères, à l’époque très innovant.

[6] J’ai créé l’IFPSA – Institut Francophone de Psycho-Sexoanalyse avec comme vocation, celle de former des psycho-sexothérapeutes.

[7][7] Ce qui ne veut pas dire que la solitude ne soit pas présente dans la vie de couple ou dans la famille. La communication intime y est le plus souvent très compliquée.